Correspondance 16

Carte postale de Dublin

Correspondances
1 min ⋅ 04/03/2026

Je reviens avec une carte postale.
Ça me semblait évident.

J’aurais pu l’écrire en décembre, après Londres. C’était merveilleux, lumineux, presque irréel. Mais je n’étais pas prête. Les mots ne sortaient plus. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Comme si quelque chose s’était fermé sans prévenir.

Et pourtant, tous les mardis, je suis assise dans une salle avec des inconnus pour un atelier d’écriture. J’écris. Je lis mes textes à voix haute. J’écoute leurs retours. J’adore ça. Les mots sont là, ils existent. Alors pourquoi plus ici ?

Peut-être parce qu’en ce moment, écrire n’est plus seulement un plaisir. C’est un besoin.
J’ai un cercle de proches assez restreint. Écrire m’aide à dire ce que je ne dis pas toujours. Même si personne ne lisait, je crois que je continuerais.

Ces derniers temps, c’est devenu plus qu’un besoin : une nécessité.
Une manière de sortir de ma tête. De déposer quelque part ce qui pèse.

Alors je commence simplement. Je verrai plus tard.

Quand je prends l’avion seule, je pense à papi et mamie. À ces trajets enfant, l’excitation dans le ventre. Je pense aussi à cet été, à mon tout premier voyage en solitaire.

Encore une fois, ce n’était pas « le bon moment » pour partir. Je ne vais pas très bien en ce moment, et ça me faisait peur. Mais je l’ai fait quand même. Avec la peur. Parce que si j’attends de ne plus avoir peur, je ne ferai jamais rien.

À Dublin, j’ai mangé seule.
J’ai fait une visite guidée seule.
J’ai traversé la ville seule.

Et pas une seule fois je n’ai eu peur.

J’ai pris mon temps.
J’ai rencontré des gens.

Sous un ciel gris et fatigué, j’ai découvert une ville pleine de charme.
Le podcast Hot Girls Only dans les oreilles — le timing parfait, un épisode sur les voyages solo.
Ma liseuse dans le sac, avec Five Survive (clairement pas ma meilleure lecture, mais je suis incapable d’abandonner un livre en cours).

La ville est un peu chère, oui. Mais les Irlandais sont d’une gentillesse désarmante. J’ai pris un cours de danse irlandaise. J’ai assisté à un spectacle de chants et de danses traditionnels. J’ai marché le long des falaises, face au vent. J’ai visité le Trinity College, le château de Dublin, la Guinness Storehouse.

Voyager seule, ça veut aussi dire aller plus vite quand on le décide. Alors j’ai eu du temps.
Du temps pour faire des coloriages dans une bibliothèque.
Du temps pour m’asseoir dans un parc.
Lire. Respirer.

Je savais que mes soucis, mes peurs, mes angoisses me suivraient jusqu’en Irlande. Je les sentais lourds, accrochés à moi. J’avais l’impression d’étouffer sous leur poids.

Et pourtant, là-bas, sous ce ciel immense, tout semblait un peu plus petit.
Un peu plus lointain.
Un peu moins grave.

Peut-être que partir ne règle rien.
Mais ça remet les choses à leur place.

Je veux revenir mais différemment.
Ça fait du bien.

...

Correspondances

Par Camille

Je voulais devenir journaliste quand j’étais petite. Aujourd’hui je fais des relations presse. J’imagine qu’ici c’est l’endroit où se rejoignent ces deux Camille.